La justice grècque

Le système judiciaire grec comporte quelques différences notables avec le système judiciaire français. Sans être exhaustif, voici quelques unes de ces particularités :

Le système d'addition des peines

En Grèce, chaque infraction donne lieu à une condamnation, donc si par exemple quelqu'un commet 3 vols, il est condamné 3 fois pour vol. Ensuite, les 3 peines sont additionnées et le résultat correspond à la sentence. C'est le système d'addition des peines.
Il est également utilisé, avec des variantes, dans d'autres pays (comme les USA par exemple).
Autant dire que pour les gens qui commettent des infractions de façon habituelle, ils risquent une sentence très lourde comme le montrent les deux exemples ci-dessous.

En Grèce, un passeur de migrants condamné à 103 ans de prison (Le Monde, 30 juin 2015).

Grèce, un individu condamné à 1489 années de prison pour trafic d'êtres humains (Associated Press, décembre 2017).

A l'opposé, le système utilisé en France est celui de la confusion des peines. Avec ce système, pour les peines de même nature, la peine la plus forte absorbe la peine la plus faible.
Car si dans le système pénal français, le cumul des peines existe, c'est uniquement pour les peines de natures différentes : Par exemple, il est tout à fait possible d'être condamné à une peine de prison, à une amende et à des travaux d'intérêts général pour une infraction.
Mais si un individu commet par exemple 2 vols simples et que pour le 1er vol il est condamné à 2 an de prison et qu'il prend 1 ans pour le second vol, il sera, en tout, condamné à 2 ans de prison au total. De même, si plusieurs vols simples sont commis, avec ce système, la peine de prison totale ne pourra pas excéder 3 ans de prison (peine maximale pour le vol simple).
Idem pour l'amende, si une amende est éventuellement associée à la peine de prison : La plus forte amende absorbera la plus faible amende et l'amende totale ne pourra pas dépasser 45 000 euros (Amende maximum prévue pour le vol simple).
Alors qu'avec le système d'addition des peines utilisé en Grèce (et si on utilise la peine prévue en droit français), un individu qui commettrait par exemple 10 vols simples encourrait au maximum 10 fois 3 ans de prison et 45 000 euros d'amende, soit 30 ans de prison et 450 000 euros d'amende.

Quand l'une des peines encourues est la prison à perpétuité, les autres peines de prison s'ajoutent quand même à cette peine.
Par exemple en mai 2020, deux individus ont été condamnés à une peine de réclusion à perpétuité plus 15 ans de prison pour une affaire de viol en réunion suivi de meurtre sur une étudiante à Rhodes.

La peine effective maximale en Grèce

Si les peines de prison en Grèce peuvent être très lourdes sur le papier, dans la pratique les individus condamnés à la perpétuité sont libérables au bout de 25 ans de réclusion. On retrouve cette particularité dans d'autres pays, comme l'Egypte par exemple.
A l'inverse, dans certains pays comme la Turquie ou encore les USA, si un individu est condamné à un grand nombre d'années de prison dû à l'accumulation de peines moyennes, il devra bien souvent purger sa sentence jusqu'au bout.

Les dysfonctionnements

Comme en France et ailleurs, le système judiciaire grec connaît des ratés et des dysfonctionnements, notamment à cause du clientèlisme (justice à deux vitesses...) et des défaillances humaines et logistiques. Un exemple assez parlant illustre malheureusement ce fait : En 2020, la police grècque a arrêté 17 ressortissants étrangers qui pilliaient le centre d'Athènes. Ces individus faisaient partie d'un groupe composé d'environ 130 criminels qui ont, pour certains d'entre eux, déjà été arrêtés une dizaine de fois. Au total 600 arrestations concernant ce gang avaient débouché sur la remise en liberté des mises en causes... La raison ? Les procédures sont limitées dans le temps et il n'y avait pas assez de personnel pour enquêter sur toutes ces affaires dans le temps imparti. Sur les 130 membres de cette organisation criminelle, pour l'instant seuls 45 sont en prison, les autres courent toujours et continuent leurs larcins.

La publication de l'identité de certains mises en cause

Quand des poursuites pénales sont engagées contre un individu, son identité complète peut être rendue publique sur décision du procureur, s'il estime que la publication de ces informations peuvent permettre de protéger la société dans son ensemble.
Et dans ce cas, ces informations apparaissent, entre autres, sur le site officiel de la police grècque et comprennent le nom, l'âge, le lieu de naissance et une photo complète du mise en cause prise par les services de police, ce qui permet également de connaître sa taille.

Par exemple en juin 2020, la police grècque a publié l'identité complète d'un individu qui se faisait passer frauduleusement pour un médecin. Ici le but est d'être sûr que la population sache que l'individu en question est un faux médecin si à l'issue de sa peine il décidait de récidiver.

Ces informations (dont les photos de police) sont ensuite souvent reprises par les médias, qui participent ainsi à avertir le public.
Il faut cependant noter que certaines informations telles la Religion ou encore la nationalité ne sont généralement pas rendues publiques.